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Le problème de l'argent dans les familles d'accueil

Réunion DGS du 11 Mai 1992

J.M. HUET, Psychologue-Psychanalyste,  


A LA FAMILLE D'ACCUEIL ET LE RAPPORT A L'ARGENT

I L'argent, un signifiant "mort" ?

        L'utilisation de l'objet argent ne va pas sans laisser quelque interrogation dans la pratique du placement spécialisé en famille. L'argent est trop souvent présenté dans la problématique du toxicomane telle qu'elle se laisse à voir comme comblant le manque primordial ou du moins permettant à l'objet-drogue de le faire. L'argent est certes le fondement de toute société un tant soit peu évoluée. Cependant l'utilisation de l'argent, par le toxicomane ou la société dont il est issu ne doit pas nous forcer à être agis par cette utilisation. Cette même utilisation se doit donc, si elle veut être efficace dans notre contexte, de répondre aux conditions profondes du sens de notre pratique. De ce fait, le rapport à l'argent ne devrait pas mener notre pratique mais bien enrichir notre réflexion sur l'illusion qu'il représente pour ceux dont nous nous occupons.

II Pratique du rapport à l'argent.

1°) Pourquoi nécessité de l'argent.

a) L'argent dans le cadre du recrutement.

        L'institution de familles d'accueil pour toxicomanes se heurte à une rude concurrence de la part d'autres intervenants sociaux et médicaux. Le partage des familles s'avère difficile à gérer de parles conditions extrêmement intéressantes qui sont faites par les institutions telles que l'ASE, les hôpitaux spécialisés, et les services de placement pour personnes agées. Les accueils proposés sont, dans la plupart des cas bien plus attractifs pour les candidats potentiels, ceci sur divers plans:

- financiers: Un bon nombre d'établissements hospitaliers ainsi que de services sociaux proposent une rémunération bien plus forte. Ces salaires indépendants de la présence effective d'un pensionnaire s'opposent à notre indemnisation  qui n'est versée qu'à condition de la présence de la personne accueillie; la régularité du salaire joue en notre défaveur. De plus, la rémunération est, de loin, beaucoup plus forte allant parfois, pour des alternatives à l'hospitalisation psychiatrique, jusqu'au double de ce que proposent en moyenne nos institutions.

- fantasmatiques: la perception que les familles potentielles, issues pour la plupart d'un environnement rural, peuvent avoir de la personne du toxicomane se révèle extrêmement décourageante de tout accueil. Il parait difficile pour notre population d'entrer en compétition avec les enfants en bas age ou les vieillards dont peu de gens s'attendent à ce qu'ils posent de problèmes. Même les malades psychiatriques ont meilleure presse auprès des candidats de par la proximité géographique des CHS. Le toxicomane est vécu comme potentiellement dangereux  pour les personnes sur un mode de violence ou de contagion ( SIDA mais également prosélytisme ), mais aussi pour les biens ( vols et vandalisme ). Pour cette raison, nous évitons dans notre pratique de présenter d'emblée, dans nos annonces de recrutement, notre population de toxicomanes que nous dénommons pudiquement "jeunes adultes en difficulté"; la mise au point se faisant lors du premier contact téléphonique.

- de suivi: la distance est ressentie sur un mode géographique envers les sujets toxicomanes " de la ville " mais également envers les équipes qui sont basées, dans un certain nombre de cas, elles aussi à distance des familles d'accueil alors que le cas ne se présente pas pour les services de CHS ou dépendants de l'ASE. Le suivi est donc vécu comme beaucoup plus proche, indépendamment de la réalité par les familles. La proximité géographique se pose donc comme rassurante même si elle n'est pas assimilable dans tous les cas avec rapidité d'intervention.

        De ces faits, il découle que l'argent constitue un facteur important dans le recrutement des familles.

b) Un medium nécessaire dans l'expression des motivations.

        Le rapport que la famille d'accueil spécialisée en toxicomanie peut avoir avec l'objet argent se manifeste d'emblée dans le processus de recrutement.

        Bon nombre de centres annoncent la rémunération ou l'indemnisation de manière attractive dés la petite annonce de recrutement. Celle-ci est souvent présentée sous la forme d'une somme globale mensuelle et non d'un prix de journée ce qui aurait probablement pour effet de mettre inutilement en valeur la modicité des indemnisations à la journée. Cette tactique a pour effet d'appâter certaines familles qui en négligent de lire l'annonce de façon plus complète et demandent "des enfants en bas âge" ou "des personnes agées".

        La question financière se situe toujours comme point de capiton du premier entretien de recrutement, parfois en tant que contenu manifeste, parfois en un contenu latent autour duquel tournent questions et discours de la famille d'accueil postulante. Dans notre expérience, bien rares sont les familles avec lesquelles il est impossible de les amener à en parler.

         L'absence de ce questionnement peut faire envisager un certain nombre d'hypothèses qui mettent en péril la capacité d'accueil des familles postulantes. Nous citerons pour mémoire un désir massif de réparation qui laisserait peu de place à la singularité de l'accueilli ou bien des tendances perverses, qu'il s'agisse de perversion ou de perversité qui augure mal un séjour.

        Une motivation financière trop exclusive ou unique remet en question la qualité de l'accueil. En effet, le sujet accueilli ne sera perçu que comme une source de revenus supplémentaires pour la famille. La nécessité de maintenir ce revenu le plus longtemps possible dans le cadre d'une telle motivation se doit d'entrer très rapidement en conflit avec le but de l'accueil en famille. La loi telle qu'elle est représentée par le règlement de l'institution se doit d'entrer en conflit avec la loi de fonctionnement implicite de la famille qui est de maintenir la source de revenus le plus longtemps possible. De ce fait, les entorses au réglement ou même les absences de la famille ne seront répercutées que le tard possible pour ne pas interrompre le séjour. Le sujet toxicomane se verra donc accordé une relative impunité qui ne pourra que l'encourager à la transgression ou au déni de la loi. En outre, la prépondérance d'un rapport d'accueil fondé sur l'apport financier ne peut que conforter une population déjà trop prête à se laisser leurrer par l'addiction aux sirènes de la consommation, même si elle est licite.

        D'une manière similaire, l'absence totale d'intérêt monétaire pour l'accueil conduit à poser deux hypothèses. La première, moins rare qu'on ne voudrait le penser, s'inscrit sous le registre pervers, qu'il s'agisse de perversion ( à caractère sexuel ) ou de perversité ( à but d'emprise ). Dans les cas de perversion, il s'agit pour un membre de la famille de se procurer un partenaire sexuel perçu comme faible, ces candidatures diminuent depuis l'extension de l'infection HIV mais ne disparaissent pas entièrement. Pour les familles à interaction perverse, le but est d'exercer un pouvoir sur l'autre, ici le toxicomane accueilli qui le dépossède de tout désir et en fasse l'objet des aspirations de la famille en le dépossédant de son identité ( mythe de Pygmalion ). La seconde hypothèse porte sur les mécanismes de réparation par lesquels une famille peut utiliser un accueil pour "réparer" ce qui est ressenti comme une faute envers un membre vivant ou mort de celle-ci. La réparation se manifeste par un désir de tout faire pour l'objet substitutif, ici le toxicomane, ce qui a pour double effet de ne pas tenir compte des besoins propres du sujet et de ne se fonder que sur la culpabilité familiale mais également de permettre au toxicomane une complète impunité pour des actes en contradiction avec le réglement d'accueil. Les mécanismes de réparation produisent une forte tension entre famille et accueillis qui mènent à des ruptures catastrophiques quand le sujet toxicomane se révèle "mauvais", non digne des efforts d'une famille épuisée.

        De ce fait, la motivation financière d'une famille d'accueil doit se situer dans une modalité gérable qui équilibre les mécanismes de réparation et l'intérêt financier. Une telle dialectique permet à la famille te au jeune un échange impossible si l'un des pôles est par trop prévalent.

c) La rémunération: salaire ou indemnisation ?

        La pratique des familles d'accueil admet plusieurs modes de rémunération. Chacun de ces modes présente ses avantages mais également ses points négatifs. De plus, chacun n'est pas pratiqué de même manière dans le domaine plus spécialisé de la toxicomanie. On peut rencontrer:

- des familles exclusivement bénévoles, c'est à dire qu'elles ne sont rémunérées par aucune institution et parfois même ne dépendent d'aucune institution. Cette pratique démarre la plupart du temps de façon spontanée à partir d'un cercle de connaissances dont l'un est confronté de plus ou moins prés au problème de la toxicomanie. Un tel fonctionnement présente l'avantage de ne pas être coûteux pour les institutions, du moins sur le plan financier. Par contre, un problème aigu de recrutement se pose si l'on veut recourir à cette solution, l'aspect financier ne venant pas adoucir les frustrations de l'accueil, de plus la question des problèmes évoqués plus haut ( perversité et réparation ) se pose d'emblée. En outre, les difficultés de l'accueil de toxicomanes usent particulièrement ces familles qui ne sont tenues que par leur "bonne volonté". De ces faits il découle que ce mode d'accueil est le moins stable et tend à évoluer vers une rémunération sous une forme ou sous une autre.

- des familles d'accueil recevant une indemnisation, c'est à dire qu'elles ne sont rémunérées qu'en fonction de la présence d'une personne chez elle. La plupart des familles d'accueil dépendant de centres spécialisés en toxicomanie entrent dans cette catégorie. Sur le plan purement financier, cette solution parait la plus souhaitable compte tenu de la limitation des fonds consacrés à la toxicomanie. Cependant cette solution de moyen terme a pour inconvénient de rendre moins attractif aux candidats potentiels le travail avec nos institutions par rapport aux CHS par exemple. De plus, l'insistance sur la présence a pour effets d'atténuer l'esprit de l'accueil. En effet, certains séjours qui n'ont plus guère de sens peuvent se prolonger de ce fait, pour ne pas tarir l'appoint financier fait à la famille. La rémunération par indemnisation a cependant de nombreux avantages dans le contexte de la prise en charge. Si l'institution référente de l'accueil est attentive au sens que peut avoir ce même accueil, la chronicisation possible inhérente à la prise en charge familiale peut être évitée dans la mesure où les familles d'accueil viennent à savoir qu'il n'est pas question de poursuivre un séjour sur le seul critère d'automatisme du séjour. De là, la dimension plus dynamique que prend l'accueil dans le fonctionnement psychique de la famille d'accueil peut se révéler un élément moteur pour une évolution. L'examen des conditions du séjour dans la perspective évolutive est rendue nécessaire dans le cadre d'un séjour qui n'est pas acquis de façon automatique pour la famille comme pour le toxicomane, en raison du statut non permanent du cadre financier de l'accueil..

- des familles d'accueil salariées, ces familles sont rémunérées sur une base régulière (mensualisées) par des institutions pour des séjours de longue durée. Cette utilisation de familles salariées est surtout le fait d'institutions hospitalières ( psychiatriques et gériatriques ) ou d'aide à l'enfance de type ASE. Les familles sont considérées comme faisant partie intégrante de l'institution. Les séjours consistent en placements plutôt qu'en accueils, c'est à dire que les personnes sont placées par décision de l'institution et non sur leur demande propre. La population accueillie est surtout constituée de personnes agées à capacité d'autonomie réduite, d'enfants en bas age, de psychotiques chroniques en alternative à l'hospitalisation. Cette formule semble peu appliquée à l'accueil de toxicomanes en France. Cependant, un certain nombre de familles d'accueil pour toxicomanes pratiquent conjointement cette activité avec les institutions citées plus haut. Bien que présentant certains avantages au point de vue du recrutement de familles potentielles, cette formule nous parait peu adaptée à l'accueil de toxicomanes dans la mesure ou elle peut mettre en danger le sens de nos accueils qui ne doivent pas chroniciser la dépendance à un système de prise en charge.

2°) Rapports entre accueil et argent.

a) Comme "facilitateur".

        L'argent de la rémunération facilite de manière indéniable l'accueil d'un sujet toxicomane en ce sens que le narcissisme du groupe familial, le plus souvent mis à rude épreuve peut être en partie reconstitué par un apport financier. Outre les éléments de réalité sur lesquels il est inutile de revenir, l'indemnisation apporte à la famille d'accueil une reconnaissance de la part d'une institution supposée détentrice du savoir de la toxicomanie sur la qualité de leur travail. Cette reconnaissance par l'instrument monétaire n'est dépassée en efficacité que par un jugement positif sur leur travail devant le groupe des familles d'accueil paires. La réunion générale des familles d'accueil n'étant guère chose aisée, il est donc plus simple de les rémunérer pour les renarcissiser.

        L'argent efface en partie les frustrations de l'accueil mais il a pour défaut de se constituer dans le fonctionnement des familles et de certaines institutions comme objet de suture de la déception inhérente aux fantasmes de toute puissance thérapeutique.

ii) En tant que réparation d'un dommage.

        L'argent peut parfois agir, dans certains cas en tant que réparation systématique de tout dommage fait à la famille, qu'il s'agisse d'un dommage contre les biens ou d'une atteinte plus symbolique. La formation des familles d'accueil se doit de prévenir les familles contre les risques inhérents à l'accueil, de toxicomane dans un cadre rémunéré ou bien de tout autre personne à titre gracieux. Il ne nous parait pas judicieux que l'institution de familles fasse jouer les assurances à chaque fois qu'un dommage se produit du fait du toxicomane, que ce dommage soit lié indifféremment à une utilisation "normale", à l'usure ou à un mésusage. Une telle réponse transforme l'institution en vache à lait des mécanismes pervers du groupe familial et les renforce.

        Répondre par l'argent à chaque atteinte aux biens de la famille est probablement une réponse à coté dans la mesure où il ne s'agit que de réparer par une intervention dans la réalité une autre casse qui se situe au niveau de l'intégrité fantasmatique de la famille. L'intervention exclusivement financière facilite le jeu des défenses et évite à l'institution et à la famille elle-même de poser les questions sur le fonctionnement et le vécu familial qui sont ainsi préservés dans leur homéostasie. Alors qu'une intervention portant sur les contenus psychiques peut permettre d'interpréter et donc de dénouer la situation. L'échec se manifestant par l'intervention monétaire aboutit rapidement à une augmentation des frais occasionnés par la "casse" ou les vols allégués en fin de séjour pour les familles fonctionnant selon ce mode et à leur rejet par l'institution quand celle-ci finit par ne plus supporter le mésusage qui est fait de ses fonds.

        Seul un travail en profondeur sur la question de l'argent durant la formation et les accueils ainsi qu'une attention soutenue auprès de la famille peuvent éviter ces dérives, ce qui ne dispense pas les institutions de réfléchir sur leur propre rapport à l'argent dont elles ne sont que les dépositaires.

b) Comme résistance.

        Si l'argent a fonction de narcissiser la famille, il peut, dans le cadre d'une excessive professionnalisation, d'agir comme défense du groupe familial contre les sentiments dégagés par les accueils. La plupart du temps, le sujet toxicomane, toujours sensible aux sentiments qu'il provoque chez l'autre, ne manquera que rarement dans ce cas de renvoyer à la famille ses contres-attitudes, ce qui compromet l'accueil. S'il prend une place trop importante ou non élucidée par la famille, l'argent annihile le rapport qui doit s'établir entre hôte et famille. Il agit fonctionnellement en tant que résistance à la prise de conscience familiale des affects suscités par l'introduction d'un membre supplémentaire, provisoire et souffrant. La nécessaire remise en question des positions personnelles et familiale est évitée au prix d'un accueil rendu impossible par la perception qu'a le toxicomane des éléments inconscients qui agissent la famille. La famille fonctionne comme contenant certes mais dans un contexte de mutilation de sa propre réalité psychique qui, si elle parfois supportable pour les membres du groupe familial, ne l'est que rarement pour le sujet toxicomane à qui elle renvoie brutalement son incomplétude en dépit des prises de toxiques qui, de plus, sont exclues par la loi de l'accueil en familles.

III Argent et pouvoir.

        La fantasmatique en vigueur dans le contexte social pose en équivalence argent et pouvoir phallique. Cette fantasmatique est partagée par tous les intervenants de notre système. Le sujet souffrant de toxicomanie est particulièrement sensible aux tentations imaginaires de l'objet financier en ce sens qu'il signifie dans un double effet de leurre à la fois jouissance par le produit drogue mais également jouissance par une utilisation addictive de tous les produits de la société de consommation ( chaussures de basket, blouson de cuir, supports musicaux divers, voiture, etc...)

        De même, la famille d'accueil associe comme tout un chacun argent et pouvoir ( de guérir la toxicomanie dans ce cas précis). L'argent fonctionne comme signe de reconnaissance de leur capacité thérapeutique et de leur statut de "bonne famille". Actuellement, l'indemnisation des FA donne un indice de puissance de l'institution. Plus, l'indemnisation est importante, plus l'institution est perçue comme puissante face aux hypothétiques "pouvoirs publiques" qui ne se manifestent que sous forme castratrice pour exiger toujours plus pour toujours moins d'argent. La "bonne" institution de FA se devrait donc de rémunérer toujours plus ses familles d'accueil et de les protéger surtout contre tout risque de l'accueil. L'institution doit pouvoir résister à ses propres tentations d'agir en bonne mère dans un domaine qui en compte plutôt trop.

        Par une position la plus claire possible vis-à-vis de l'objet-argent, la famille doit éviter dans la mesure du possible de leurrer le sujet accueilli dans une illusion à laquelle il est bien trop enclin à tomber.

B LE SUJET TOXICOMANE ET LE RAPPORT D'ARGENT.

1°) L'argent de poche.

        L'argent de poche parait une concession minimum à accorder de la part d'une institution dans le cas d'un placement en famille d'accueil. En effet, rares sont les toxicomanes disposant de revenus légaux qui leur soient propres. Cet argent de poche est une possibilité offerte pour certains accueils, il n'est en aucune façon un droit: les sujets accueillis disposant de revenus propres tels que RMI, indemnités de chômage, ou de salaires ne reçoivent pas d'argent de poche lors du séjours. Les effets du dépaysement pour des sujets n'ayant jamais quitté un environnement urbain peuvent être atténués par le recours à des compensations orales, le plus souvent cigarettes et alimentation sucrée dans lesquelles passe l'argent de poche.

        Dans notre conception l'argent de poche doit être modique, à la fois pour des raisons " éducatives " et de bonne gestion de l'argent des institutions. Notre pratique s'est fixé 50 francs par semaine, donc environ 200 francs par mois. La plupart du temps, c'est notre institutions ou l'institution d'origine du sujet placé qui assure cette charge. Dans les cas minoritaires où la famille du toxicomane peut assurer l'argent de poche et la vêture, les frais passent par notre intermédiaire afin que nous ayons un contrôle sur l'ampleur des sommes échangées qui doivent rester dans les limites du raisonnable et non constituer un enjeu dans la lutte implicite entre famille d'origine et famille d'accueil pour savoir qui est la meilleure.

        La famille d'accueil est dépositaire de l'argent de poche qu'elle distribue selon le rythme qui lui semble le plus adapté.

        Pour dérisoire qu'il puisse sembler aux yeux du toxicomane, parfois amené à manier de fortes sommes de numéraire, l'argent de poche peut contribuer, en outre, à ramener l'accueilli à une plus juste notion de la valeur de l'argent que l'on doit gagner par des moyens licites, par opposition à l'argent de la drogue, signifiant mortifère par excellence.

2°) Les frais de vêture.

        La vêture est assurée en cas de besoin par nos soins, c'est à dire que dans le cas de toxicomanes sans ressources personnelles ou familiales, la famille se charge d'acheter au sujet accueilli l'habillement nécessaire. Il est à noter que cette vêture ne constitue aucunement une somme due mais bien un "trousseau" choisi selon des critères de nécessité.

3°) Les revenus personnels.

        Lorsque le toxicomane vivant en famille d'accueil dispose de revenus propres, il ne devrait pas toucher d'argent de poche. On peut même penser qu'il pourrait être du rôle de la famille d'accueil et de l'institution qui l'encadre d'aider la personne accueillie à se constituer un pécule, sur un livret d'épargne par exemple, pour permettre le départ de la famille d'accueil dans les meilleures conditions.

        De plus, on peut s'interroger sur le sens que peut recouvrir pour un sujet, toxicomane ou non, d'être nourri et hébergé sans avoir à débourser, même si ses revenus restent modestes. Dans ce contexte, il pourrait être porteur de sens de demander une participation symbolique, on peut imaginer aux alentours de dix francs par jour, pour son hébergement. La famille d'accueil étant remunérée par l'institution qui la coiffe, la participation ne semblerait pas devoir lui être reversée, mais on peut imaginer celle-ci sous forme d'adhésion  ou de don à l'association de familles d'accueil pour servir d'argent de poche pour d'autres séjours.

4°) Etre source de revenus

        Le fait pour quiconque de représenter une source de revenu apportée à un groupe familial met le sujet en question en position de force dans ce même groupe mais également en position de n'exister que pour l'apport financier. La question de la rémunération de la famille d'accueil se doit donc d'être précisée d'emblée à tout accueil.

        Seule une clarification du fonctionnement des familles d'accueil peut permettre le repérage institutionnel et, il faut l'espérer décourager le sujet toxicomane d'essayer de jouer les uns contre les autres pour tirer le maximum de bénéfices secondaires de sa situation de "déviant".
        Il faut probablement présenter l'accueil en famille comme un travail, certes rémunéré, mais comportant une bonne part de désir d'aider les autres en souffrance, désir qu'il ne convient pas de décourager, même s'il ne peut être rémunéré à sa juste valeur.

C L'INSTITUTION DANS SES RAPPORTS A L'ARGENT ( en guise de conclusion).

        Pour que les rapports entre familles d'accueil, toxicomanes accueillis, institution de soins et institution regroupant les familles d'accueil soient harmonieux, il faut probablement que nos institutions n'oublient jamais de réfléchir au sens de ce qu'elles peuvent faire, particulièrement avec l'objet argent. Car, en effet, avant d'incriminer l'obscurité du rapport de l'autre avec l'argent, il convient d'interroger de manière constante notre propre rapport à celui-ci. Trop souvent, cette partie sombre est repoussée au loin et ce n'est que par une analyse régulière de nos propres attitudes que nous  pourrons mieux réaliser notre travail qui est d'accompagner.