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Comment reconnaître les troubles du comportement alimentaire ?

Egon SCHIELE autoportrait

Cette partie a pour but de donner au profane (en ce qui concerne les troubles alimentaires) des moyens simples de reconnaître les troubles alimentaires, soit dans un but d'autodiagnostic, soit dans un but d'aide à son entourage.

 Il ne s'agit donc pas, ni de dénoncer, ni de forcer mais de permettre à la personne souffrant de troubles alimentaires de se donner tous les moyens pour se choisir un autre destin que celui d'une vie restreinte, obsédée par la nourriture et dont la dégradation est malheureusement inévitable.

botero sandwich

Si certains troubles alimentaires sont évidents à reconnaître, si ce n'est à accepter, l'obésité par exemple, d'autres comme l'anorexie et la boulimie sont parfois malaisés à reconnaître chez l'autre et parfois même sur soi même. Les signes présentés ne doivent pas être considérés comme absolus ou tous nécessaires, l'absence de l'un ne signifie pas forcément que le problème ne se pose pas.

Anorexie:
  • Amaigrissement manifeste (parfois difficile à constater car le sujet cherche à dissimuler son corps)
  • Prises alimentaires réduites en quantité, repas sautés
  • Alimentation sélective: 
    • évite: "gras", "sucré", "féculents",  viandes, rouges en particulier
    • recherche: légumes verts, aliments de régime, tisanes purgatives ou amaigrissantes
  • Se voit gros(se), malgré la perte de poids
  • Hyperactivité scolaire et/ou sportive
  • Malaises fréquents ou inexpliqués


Boulimie et hyperphagie boulimique:
  • Consommation et donc disparition de grandes quantités de nourriture ou parfois d'argent pour acheter de la nourriture
  • Présence de  nombreuses caries
  • Glandes parotides gonflées (gonflement derrière la mâchoire)
  • Absences nombreuses pour aller aux toilettes ou la salle de bain pendant ou immédiatement après avoir consommé de la nourriture (pour aller se faire vomir)
  • Eraflures constantes sur le dos de la main (conséquence de la friction des dents sur la main dans le cas de vomissements provoqués)
  • Eventuellement, variations de poids importantes
Compulsions alimentaires
  • Consommation sans faim et souvent sans fin d'aliments qui donnent du plaisir
  • Prise de poids
  • Impossibilité de s'arrêter
  • Perte de moral
Obésité

  • Poids de 20% au dessus du poids idéal (donné par les tables médicales). En cliquant ICI , vous pourrez télécharger un petit logiciel gratuit qui donne les différentes manières de déterminer son poids idéal.
  • IMC supérieur à 30 ( poids en Kg x taille²) par exemple pour une taille de 1,70m et 74 kg ( 74 x 1,70 ²) =  25,6

Que faire en cas de troubles du comportement alimentaire ?

Ce qu'il ne faut pas faire

 Tout d'abord, il peut paraître important de préciser ce qu'il ne faut pas faire car, considérant la complexité du problème des troubles alimentaires, les solutions simples, voire simplistes n'ont jamais eu l'efficacité escomptée. En effet, s'il existait une solution simple, rapide et fiable, non seulement elle aurait déjà été mise en application mais un succès réel ferait qu'elle serait adoptée par tous.

A moins d'imaginer un complot démoniaque qui inclurait tous les soignants sans exception de la planète entière, force nous est de constater que, à la rédaction de ces lignes, il n'existe pas de solution miracle, du moins pas à ma connaissance ni également à celle de tous les collègues avec lesquels j'ai des contacts réguliers.

En tous cas, les solutions du style " il/elle n'a qu'à ..." sont généralement inopérantes, je n'ai jamais rencontré de patients désireux de grossir qui n'aient pas pensé à manger ou de patients désireux de maigrir qui ne se rendent compte qu'ils mangent trop.


Il paraîtrait tout à fait possible donc de forcer les uns à maigrir les autres à grossir mais, sauf à les garder éternellement sous surveillance étroite et efficace, la solution n'est pas trouvée.

Guérir des troubles alimentaires n'est pas uniquement une question de volonté ni de coercition, ni même d'amour mais de soins appropriés où viennent s'adjoindre volonté de guérir et soutien de l'entourage.


L'apparition des troubles du comportement alimentaire est certes liée aux conditions de vie dans les pays développés dit "riches" mais, à mesure que les pays dits "émergents" sortent de la pauvreté ils connaissent aussi les mêmes pathologies. C'est dire que les troubles alimentaires sont une manière d'exprimer une souffrance réelle dans un contexte d'abondance mais il ne s'agit pas pour autant d'affirmer que les pays où l'on doit se battre chaque jour pour sa survie ne connaissent pas la souffrance psychique, elle s'exprime simplement par d'autres modes d'expression pathologique.

Donc la culpabilisation par la comparaison avec les pays pauvres est non seulement fausse mais elle est également dommageable pour l'estime de soi déjà bien basse des sujets souffrant de troubles alimentaires.

Il s'agit de rappeler à tout un chacun, famille, entourage, professionnels mais surtout aux patients eux-mêmes qu'il s'agit de maladie et non pas de choix délibéré ni de vice. L'approche morale est non seulement non pertinente mais elle est également  culpabilisante et inefficace contre la maladie.

Ce qu'il faudrait faire

L'utilisation du conditionnel tient ici à marquer le fait qu'entre souhaitable et possible, il existe une marge qu'il n'est pas toujours aisé de réduire. Les conseils donnés sur ce site ne sont pas absolus mais se doivent de pouvoir être adaptés au cas de chacun.

Une fois la suspicion de trouble alimentaire installée dans l'esprit de l'entourage, il convient de se renseigner le plus rapidement possible, sans tarder mais sans non plus paniquer. Les troubles du comportement alimentaires sont des troubles dangereux pour la santé au long terme, pas dans la minute, sauf cas extrêmes...

Il est possible de prendre des renseignements dans la littérature médicale, mais aussi grâce à internet , sur mon site par exemple, par contre la presse dite féminine ou les forums santé internet doivent être utilisés avec grande prudence, les informations étant au mieux floues au pire tendancieuses (voir la page liens utiles et moins utiles mais édifiants).

En tous cas, le conseil d'un professionnel voire ,mieux,  d'un spécialiste des troubles alimentaires est recommandé, dans la mesure où un avis ou bien un diagnostic précoce augmentent considérablement les chances et le délai de guérison. Il vaudrait mieux consulter "pour rien", plus exactement pour être rassuré que de ne pas consulter de peur d'être ridicule ou de perdre son argent que de risquer de ne pas reconnaître une pathologie grave à pronostic invalidant. Le prix d'une consultation ne représente rien au regard de l'avenir de toute une vie.

Il est hautement préférable que le sujet souffrant de troubles alimentaires soit volontaire et coopératif, cependant dans certains cas extrêmes de dénutrition, le danger peut dispenser l'entourage de son accord. En effet, si votre enfant peut se trouver
provisoirement très en colère envers vous à cause d'une action entreprise contre sa volonté, le fait que sa vie soit  en réel danger peut imposer des mesures exceptionnelles dont il reconnaîtra sûrement plus tard la nécessité.

Dans le cas d'un diagnostic positif, l'intrication des problèmes du corps et de l'esprit dans les maladies de l'alimentation nécessite une prise en charge conjointe, encore une fois de préférence par des spécialistes du problème. Les questions que posent l'extrême dénutrition ou l'extrême obésité nécessitent l'intervention de spécialistes de la nutrition. Du coté du suivi psychologique, il en va de même, l'abord des patients souffrant de troubles alimentaires représente une véritable spécialité qui doit être soutenue par une solide expérience, du fait des particularités spécifiques de ces patients.

Aussi un parcours de soin idéal devrait se dérouler comme suit:

En cas de suspicion de TCA
  • prise de renseignements quant à la réalité des symptômes (littérature spécialisée, médias,  web)
  • en cas de doute, consultation chez le généraliste, ou un spécialiste des TCA
En cas de confirmation de la pathologie
  • Consultation chez un médecin somaticien (nutritionniste, endocrinologue et/ou examens biologiques)
  • Prise en charge somatique
  • Prise en charge psychologique
Au risque de me répéter, je rappelle qu'il vaut mieux consulter "pour rien" que de laisser la pathologie s'installer ou mettre en danger le patient. L'espérance d'une guérison spontanée ne doit pas être surestimée, si les cas de guérison spontanée existent certes ils sont  rares et il ne parait pas raisonnable de compter que "cela s'arrange tout seul", surtout si l'on considère les risques encourus.